SM Caen : oubliez la raison, mettez-y du cœur
L’entraîneur du SM Caen Patrice Garande a cultivé l’espoir de l’exploit face au PSG, triple tenant du titre, appuyant sur le côté « irrationnel » du football, avant la demi-finale historique de Coupe de France (ce mercredi, 21 h 05). Pour y croire, Malherbe devra au moins se surpasser.
Le SM Caen s’apprête à rentrer dans l’irrationnel, ce mercredi soir (21 h 05) face au PSG en demi-finale de Coupe de France.
Irrationnel (n. m.) : ce qui est en dehors du domaine de la raison ou qui s’y oppose (Larousse, 2018).
Ennemie jurée de l’espoir et petite sœur de prudence, la raison n’aura pas sa place, ce soir, dans un stade Michel-d’Ornano à guichets fermés. On y a plutôt convié l’histoire, le cœur, la chaleur et tous ses enfants prophétiques. « J’ai la conviction qu’il va se passer quelque chose dans ce match. Dans le football, il y a une part que l’on maîtrise, puis il y a toujours quelque chose d’irrationnel. »
Depuis le pré bayeusain où les siens préparent leur demi-finale historique, Patrice Garande a brossé les dieux du football dans le sens du poil, hier, devant la presse. Le Normand y croit, dur comme fer. Comme face à Lyon, début mars (1-0), en quarts de finale, et il compte bien embarquer ses hommes dans le navire. « C’est le match le plus important de ma carrière, mais aussi de celle de tous les joueurs. Ce n’est que du bonheur et c’est de cette manière qu’il faut aborder les choses. »
Garande : « On a un rêve : aller au Stade de France »
Le temps d’une soirée, d’une parenthèse enivrante, on pardonnera volontiers l’amnésie du Stade Malherbe quant à sa condition fragile en championnat, sa stérilité chronique et sa candeur. « On a un rêve, c’est d’aller au Stade de France, avec 90 ou 120 minutes pour le faire. C’est ça qu’il faut avoir en tête » , pose le coach, en guerrier verbal.
Pointer en demi-finales de Coupe de France, du jamais vu, constitue déjà un exploit à l’échelle du Stade Malherbe. Mais s’arracher le billet de la finale face au triple tenant du titre, invaincu dans les coupes nationales depuis 40 matches, est incommensurable. La plus belle ligne de son histoire.
« Le rapport de forces, on le connaît. On a tous regardé le match contre Monaco, dimanche soir (victoire 7-1 du PSG, sacré champion de France) , et je pense qu’on n’a rien appris sur cette équipe. Je n’ai même pas besoin de présenter le PSG à mes joueurs, dit Garande, dressant les clés du choc. On insiste surtout sur nous, ce qu’on va faire. Bien défendre et se battre ne va pas suffire. […] Si on les regarde, qu’on court après le ballon, on est mort, c’est une évidence. Il faudra être efficace sur le plan défensif dans les zones de vérité. Et être agressif sur le plan offensif. Parce que si on ne veut rivaliser que sur le plan technique avec le PSG… » Avait-il vraiment besoin de finir sa phrase ?
Plus qu’un ogre insatiable, c’est une bête blessée et affamée qui se présentera face aux Malherbistes. Écartés de la scène européenne, sacrés champions de France, vainqueurs de la Coupe de la Ligue et du Trophée des champions, les hommes d’Unai Emery n’ont plus qu’une case à combler sur leur tableau de chasse, et ne « vibrent » plus que pour la Coupe de France.
Emery méfiant envers la « surprise négative »
Sans que le technicien espagnol, dont l’avenir semble s’assombrir du côté de la Capitale, ne baisse sa garde pour autant : « La Coupe de France donne beaucoup de surprises. S’il y avait deux équipes amateurs en demi-finales (Les Herbiers et Chambly) et Caen face à nous de l’autre côté, c’est que beaucoup d’équipes ont perdu en chemin, beaucoup d’équipes qui avaient l’objectif de gagner ce titre au départ. Et c’est pour ça que, demain (ce soir), nous ne voulons pas avoir de surprise négative. »
« Les conditions d’un exploit se préparent, elles n’arrivent pas comme ça, appelle Patrice Garande, en chef de troupe. Il faudra que l’ambiance soit différente d’un match de championnat, que les supporters se disent qu’il va se passer quelque chose, qu’ils viennent au stade en voulant le faire avec nous. » L’irrationnel, lui, ne peut se décider que par les acteurs du terrain, et autant avec le cœur que les jambes.