Re: Contributions au débat politique
Posté : 23 juil. 2016 18:00
Je lisais une suite de tweets de quelqu'un qui prenait les gens à partie en décrivant à quel point l'évolution récente des événements internationaux ainsi que la réaction politique lui inspirait un rapprochement avec l’Allemagne des années 30.
Cette personne évoquait que beaucoup d'entre nous dans leur rapport avec cette histoire avaient été surtout dans leur prime jeunesse dans l’incompréhension du comment ça a été possible de laisser survenir ça sans résister, sans s'opposer.
Bref comment ça a été possible de rendre ça possible et que quelque part le fantasme de l'ado qui y songe est de se positionner comme un être qui aurait empêché cela s'il avait eu un rôle à y jouer.
Bref il en appelait plus ou moins à ce sentiment pour faire prendre conscience que les mêmes phénomènes de déshumanisation des minorités sont à l’œuvre et qu'il est temps maintenant de s'opposer comme dans le fantasme adolescent susmentionné.
Du coup à côté de sa prise de parole militante cette personne a éveillé en moi le besoin de penser un shouilla.
J'ai repensé un peu à la shoah et il y a un truc particulier avec la shoah.
Au delà de l'utilisation référentielle que j'en fais pour communiquer et exister avec mes contemporains, cette utilisation bénigne somme toute qui fait de cet événement historique une sorte d'anecdote sur la couche sociale de mon existence. j'ai sur ce plan, besoin de nommer, de situer, d'expliciter et même de rire de la shoah.
Au delà de ça donc lorsque je songe plus intimement à l’Allemagne nazie et à l'extermination des juifs d’Europe, je crois que je ne le ressent pas comme de l'histoire, comme une somme d’événements documentés, comme quelque chose de séparé de moi dans le temps.
J'estime qu'il est dans la capacité de tous et qu'il a de tous temps été dans la capacité de tous de laisser la shoah survenir, de la taire, de la faciliter, d'en fuir les conséquences, de rester pétrifié d'angoisse, d'horreur et d’égoïsme. Un peu comme la thèse de la banalité du mal qu'Harendt décrit dans son travail sur le totalitarisme.
C'est difficile à comprendre ou même pour moi de l'expliquer mais j'estime au fond que c'est du présent ou plutôt de l'intemporel et que collectivement nous la produisons tous, tout le temps.
Cet état de fait si ahurissant que le cerveau n'est pas câblé pour l'établir durablement dans le réel sans nécroser, il est pourtant réel.
De cette réalité je ne peux pas échapper.
Je crois aussi qu'au fond il n'y a pas d’héroïsme, pas de marge de manœuvre envisageable, pas d'espoir politique possible.
Le fait que ce soit survenu a tué la possibilité.
J'ai parfois l'impression d'être insensible à des tas de choses et je parle pas ici seulement des injonctions médiatiques à être malheureux pour tel ou tel évènement meurtrier et/ou catastrophique.
Objectivement je ne suis pas insensible, mais si on doit convoquer la shoah pour expliquer quoi que ce soit alors je dirais que peut être que je suis cassé car je suis de ces humains qui ont la capacité de générer la shoah.
Je pense que dans ces tweets la personne avait une utilisation référentielle et finalement détachée, qu'on était pas vraiment supposé y penser en fait.
Y penser me démobilise et je ne sais pas dans quelle mesure mon inconscient est modelé par ça au fond, comment la shoah produit du moi, du politique en moi, de l'histoire en moi. Comment ça résonne, comment ça hurle en moi.
Y penser me projette dans un endroit ou il n'y a plus rien, plus rien, pas plus de présent que d'avenir, que de sens ou de quoi que ce soit, il n'y a plus personne car il n'y a plus rien.
Je n'ai pas grand chose de plus à en dire, j'avais juste besoin de le dire, allez savoir pourquoi.
Cette personne évoquait que beaucoup d'entre nous dans leur rapport avec cette histoire avaient été surtout dans leur prime jeunesse dans l’incompréhension du comment ça a été possible de laisser survenir ça sans résister, sans s'opposer.
Bref comment ça a été possible de rendre ça possible et que quelque part le fantasme de l'ado qui y songe est de se positionner comme un être qui aurait empêché cela s'il avait eu un rôle à y jouer.
Bref il en appelait plus ou moins à ce sentiment pour faire prendre conscience que les mêmes phénomènes de déshumanisation des minorités sont à l’œuvre et qu'il est temps maintenant de s'opposer comme dans le fantasme adolescent susmentionné.
Du coup à côté de sa prise de parole militante cette personne a éveillé en moi le besoin de penser un shouilla.
J'ai repensé un peu à la shoah et il y a un truc particulier avec la shoah.
Au delà de l'utilisation référentielle que j'en fais pour communiquer et exister avec mes contemporains, cette utilisation bénigne somme toute qui fait de cet événement historique une sorte d'anecdote sur la couche sociale de mon existence. j'ai sur ce plan, besoin de nommer, de situer, d'expliciter et même de rire de la shoah.
Au delà de ça donc lorsque je songe plus intimement à l’Allemagne nazie et à l'extermination des juifs d’Europe, je crois que je ne le ressent pas comme de l'histoire, comme une somme d’événements documentés, comme quelque chose de séparé de moi dans le temps.
J'estime qu'il est dans la capacité de tous et qu'il a de tous temps été dans la capacité de tous de laisser la shoah survenir, de la taire, de la faciliter, d'en fuir les conséquences, de rester pétrifié d'angoisse, d'horreur et d’égoïsme. Un peu comme la thèse de la banalité du mal qu'Harendt décrit dans son travail sur le totalitarisme.
C'est difficile à comprendre ou même pour moi de l'expliquer mais j'estime au fond que c'est du présent ou plutôt de l'intemporel et que collectivement nous la produisons tous, tout le temps.
Cet état de fait si ahurissant que le cerveau n'est pas câblé pour l'établir durablement dans le réel sans nécroser, il est pourtant réel.
De cette réalité je ne peux pas échapper.
Je crois aussi qu'au fond il n'y a pas d’héroïsme, pas de marge de manœuvre envisageable, pas d'espoir politique possible.
Le fait que ce soit survenu a tué la possibilité.
J'ai parfois l'impression d'être insensible à des tas de choses et je parle pas ici seulement des injonctions médiatiques à être malheureux pour tel ou tel évènement meurtrier et/ou catastrophique.
Objectivement je ne suis pas insensible, mais si on doit convoquer la shoah pour expliquer quoi que ce soit alors je dirais que peut être que je suis cassé car je suis de ces humains qui ont la capacité de générer la shoah.
Je pense que dans ces tweets la personne avait une utilisation référentielle et finalement détachée, qu'on était pas vraiment supposé y penser en fait.
Y penser me démobilise et je ne sais pas dans quelle mesure mon inconscient est modelé par ça au fond, comment la shoah produit du moi, du politique en moi, de l'histoire en moi. Comment ça résonne, comment ça hurle en moi.
Y penser me projette dans un endroit ou il n'y a plus rien, plus rien, pas plus de présent que d'avenir, que de sens ou de quoi que ce soit, il n'y a plus personne car il n'y a plus rien.
Je n'ai pas grand chose de plus à en dire, j'avais juste besoin de le dire, allez savoir pourquoi.

