« Tout est fait pour la télé » : Christian Gourcuff critique les pauses fraîcheur et « la commercialisation du foot »
Le match France - Brésil, jeudi 26 mars à Boston, a donc été marqué par des pauses fraîcheur en plein milieu de la première et de la deuxième période. Cet été lors de la Coupe du monde, ce sera également le cas, avec des publicités à la télévision à ce moment-là. Christian Gourcuff, l’ex-coach de Lorient et défenseur d’une certaine idée du foot, ne mâche pas ses mots contre cette nouveauté.
« Je ne m’interdis pas de regarder ce Mondial, mais ce n’est pas sûr encore… » Avec son sens de la formule toujours aiguisé, Christian Gourcuff, 70 ans, ancien entraîneur du FC Lorient mais aussi du Stade Rennais ou du FC Nantes, ne peut feindre son enthousiasme à quelques mois de l’échéance. Cette Coupe du monde 2026 aux États-Unis, il ne la suivra probablement qu’avec parcimonie. « Ce Mondial est celui de la démagogie. On a ouvert à des équipes de plus pour arriver à 48 sélections, mais une grande partie du Mondial sera donc franchement inintéressante avec des matches de qualité faible. Il faudra attendre la dernière partie de la compétition pour assister à autre chose. Mais il y aura au final tellement de matches, sans coupure, que cela provoquera une lassitude des spectateurs, même des passionnés de foot. »
Il le pense aussi, la qualité du foot proposé sera très inégale car cette compétition arrivera après une saison très longue, qui succède à un autre exercice interminable. « On l’a très bien vu l’été dernier. Regardez le Mondial des clubs, après une saison longue l’an passé, ça a donné quoi comme spectacle ? Ce n’est pas possible d’imaginer des choses comme ça ! Cela a forcément une incidence sur ce que l’on voit… »
« La commercialisation du foot »
Et quid des nouveautés, alors ? C’est justement dans cette optique que Ouest-France a joint l’ancien technicien des Merlus, ce vendredi 27 mars. Jeudi, à Boston, dans la victoire des Bleus face au Brésil (2-1), il y eut deux pauses fraîcheur au milieu de la première et de la deuxième période. Le tout, alors qu’il ne faisait que 13°C au stade...
À chaque fois, trois minutes d’arrêt environ, des joueurs venant boire près du banc, des consignes passées par le staff… Et des pubs à la télé américaine. En France, TF1 n’a pas diffusé de pubs, mais pendant le Mondial cet été, M6, l’un des diffuseurs, a déjà dit qu’il diffuserait de la pub sur une minute. Que pense Christian Gourcuff de tout cela ? « Cela va dans le sens de la commercialisation du foot, cela poursuit cette logique et il n’y a rien de surprenant, finalement, se désole-t-il. On s’éloigne de l’éthique sportive, de la mise en avant du sport. Le foot, c’est aussi une question de durée, on travaille l’adversaire pour trouver la faille, on cherche à prendre l’ascendant au fur et à mesure. Là, avec cette pause au milieu des 45 minutes, on redéfinit le cadre du temps, cela crée une rupture ». Selon lui, ces nouvelles règles changent l’esprit du sport. « C’est un peu le même raisonnement que l’arrêt des prolongations en Coupe de France. Les tirs au but directement, cela renforce l’aléatoire, donc cela réduit la logique sportive qui est de chercher à être meilleur que son adversaire ».
Re: Coupe du monde de football 2026
Posté : 28 mars 2026 10:16
par Guigui
Image pâle, codes de réalisation différents : la production-réalisation de Brésil-France était ratée, mais ça ne devrait pas se reproduire au mondial.
« On avait un peu l'impression de regarder Carl Lewis aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984. » Au lendemain du match amical Brésil-France (1-2), un réalisateur français, préférant garder l'anonymat, résume ainsi le rendu d'images de la rencontre diffusée jeudi soir sur TF1. Mais la chaîne partenaire de la Fédération française de football (FFF) n'y est pour rien. « La réalisation est indépendante de TF1, le groupe reprend le signal international durant l'intégralité de la rencontre, a-t-elle confirmé à L'Équipe. Le groupe TF1 déplore à ce sujet la qualité du rendu, pas au niveau d'un tel événement. »
Ce signal international est géré par la société américaine choisie par l'agence marketing Pitch pour la réalisation et la production de la rencontre disputée à Foxborough (Massachusetts). Cette agence, promoteur de la tournée américaine des Bleus à quelques mois du Mondial 2026 (11 juin-19 juillet), avait donc la main. Selon nos informations, Wayne Wilson, réalisateur américain qui officie en Major League Soccer (MLS), était aux manettes. TF1 avait bien envoyé une petite équipe technique et le réalisateur Xavier Demuyter, mais seulement pour gérer l'habillage de la rencontre et la réalisation du magazine d'après match présenté par Thomas Mekhiche.
Visuellement, la qualité de l'image de ce Brésil-France semblait dégradée, un peu pâle, ce qui n'a pas échappé à de nombreux téléspectateurs, qui n'ont pas hésité à s'en plaindre et s'en moquer sur les réseaux sociaux. « Elle était claire, pas définie, ce n'était pas intense, reconnaît Laurent Lachand, réalisateur des finales de la Coupe du monde 2022 et de l'Euro 2024. Je n'en ai pas la certitude mais cela pourrait s'expliquer par des différences techniques, de formats vidéo qui s'articulent mal les uns avec les autres, de transcodage. Il y a pu avoir un problème pour matcher les moyens de captation américains et de diffusion en Europe. »
Par ailleurs, les téléspectateurs ont semblé aussi perturbés par la réalisation de ce Brésil-France, notamment par un plan large trop bas. « Cela ne m'a pas choqué, c'est plutôt la tendance du moment, explique Laurent Lachand. J'ai par exemple travaillé sur la dernière Coupe d'Afrique des nations et on a essayé de proposer un plan large « immersif ». C'est-à-dire qui permette d'avoir une vision tactique du jeu tout en permettant la reconnaissance individuelle du joueur. »
Son confrère Jean-Jacques Amsellem l'explique tout simplement par des « codes de réalisation américains, qui ne sont pas du tout ceux des standards européens. Mais pour la Coupe du monde de foot, les réalisateurs seront choisis par HBS et l'écriture télévisuelle va revenir dans les normes qu'on connaît ».
HBS (Host Broadcast Services) est la société en charge de la production et de la réalisation du signal international des Coupes du monde, mandatée par la FIFA depuis le Mondial 2002. Pour l'édition 2026, elle s'appuiera une nouvelle fois sur un cahier des charges exigeant, autour d'une quarantaine de caméras par affiche, lorsqu'on en compte entre 20 et 25 pour un gros match de Ligue des champions sur Canal+, par exemple. Par ailleurs, HBS a l'habitude de faire appel à des réalisateurs expérimentés, même si le panel devrait s'élargir lors de cette première phase finale de Coupe du monde à 48 nations.
Mais pour les matches organisés dans des stades conçus pour le football américain, et non européen, comme jeudi soir au Gillette Stadium, la FIFA devra relever un certain défi. Celui de filmer des terrains de foot plus grands que ceux des franchises de NFL et qui s'encastrent mal dans ces enceintes. « Lors de la Gold Cup 2023, j'ai réalisé dans les deux grands stades de Houston, à San Diego et à Los Angeles pour la finale et c'est vrai qu'il y a quelques problématiques, se souvient Laurent Lachand. Sur les corners intérieurs, on ne voit pratiquement pas les tireurs et le public peut apparaître côté caméra sur certains plans. » Des failles aperçues jeudi soir lors de Brésil-France et qui pourraient également apparaître à l'occasion de Colombie-France, dimanche à 21 heures, au Northwest Stadium de Landover (Maryland).
« On peut signaler des choix discutables sur la gestion des ralentis, ajoute le réalisateur François-Charles Bideaux. Cela fait beaucoup sur un match de ce niveau. C'est pour ce manque d'expertise de la production américaine que HBS s'appuie essentiellement sur les réalisateurs et moyens de grands pays de football, principalement européens et sud-américains. Par exemple, à Boston, pour la Coupe du monde, les moyens techniques seront français avec AMP Visual et le réalisateur sera François Lanaud pour sa huitième Coupe du monde consécutive. Cela valide le choix de la FIFA, depuis 2002, de ne pas s'appuyer sur les diffuseurs nationaux des pays hôtes. »
Pour rappel, M6 sera le diffuseur en clair de 54 matches du prochain Mondial et beIN Sports proposera l'intégralité de la compétition sur le payant.